• 27 juil.

Lettre ouverte : Quand le monde vacille, choisir encore le vivant.

  • Morgane De Leye

Ce week-end, plusieurs personnes m’ont appelée.

Elles avaient besoin de déposer quelque chose.

De la peur. De la tristesse.

Une forme de désespoir aussi.

Celui qui apparaît lorsque l’on ouvre les informations et que l’on a l’impression que le monde ne sait plus dans quelle direction il avance.

Les guerres. Les violences. Les incendies. Les animaux qui disparaissent. Les familles qui perdent leur maison.

Et cette sensation étrange que tout semble s’accélérer.

À la fin de ces conversations, j’ai ressenti le besoin de partir marcher en forêt.

Non pas pour fuir le monde.

Mais pour retrouver le vivant.

En marchant, je me suis rendu compte que les arbres continuaient à danser avec le vent.

Les oiseaux continuaient à chanter.

La mousse poursuivait son patient travail.

Le vivant n’avait pas disparu.

Il était toujours là.

Et cette évidence, aussi simple soit-elle, m’a profondément apaisée.

Notre cerveau n’a pas été conçu pour porter le monde entier

Notre cerveau est une merveille. Mais il possède aussi une limite.

Il n’a pas évolué pour recevoir, chaque jour, des dizaines d’images de catastrophes provenant des quatre coins de la planète.

Pourtant, nos téléphones nous les présentent en continu.

Nous scrollons parfois pendant de longues minutes, voire des heures.

Nous cherchons à comprendre.

À suivre les événements.

À nous préparer.

À garder une forme de contrôle.

Et paradoxalement, plus nous absorbons ces informations, plus nous pouvons avoir la sensation que tout nous échappe.

Lorsque notre système nerveux perçoit un danger immense auquel il ne peut répondre, il finit par se figer ou collapser.

Nous avons alors l’impression de ne plus savoir quoi faire.

Plus quoi penser.

Parfois même, plus quoi espérer.

Si tu ressens cela aujourd’hui, sache une chose.

Tu n’es pas seul(e).

Tu n’es pas faible.

Tu es un être humain dont le système nerveux essaie de faire de son mieux face à une quantité d’informations qu’aucune génération avant nous n’a jamais eu à intégrer.

Une phrase de ma grand-mère

En marchant, je me suis souvenue d’une phrase que ma grand-mère répétait souvent.

« Heureux les pauvres d’esprit, ils iront au paradis. »

Pendant des années, je n’ai pas compris cette phrase.

Elle semblait même en contradiction avec tout ce que j’avais appris.

Puis, avec le temps, j’ai commencé à l’entendre autrement.

Oui.

La conscience a un prix.

Voir les blessures du monde.

Sentir la souffrance.

Refuser le déni.

Tout cela peut être lourd à porter.

Il est parfois plus confortable de détourner les yeux.

Et pourtant…

La conscience n’enlève pas la douleur.

Elle nous redonne une capacité d’action.

Elle nous permet de choisir comment nous allons habiter ce monde.

Prendre soin d’une personne.

Planter un arbre.

Créer. Enseigner. Écouter. Soigner. Transmettre.

Toutes ces actions paraissent modestes.

Elles sont pourtant profondément vivantes.

Une phrase de mon grand-père

Mon grand-père disait souvent à ma mère :

« Les hommes s’assècheront dans la terreur. »

Longtemps, cette phrase m’a semblé terrifiante.

Aujourd’hui, je la comprends autrement.

Elle me rappelle combien la peur chronique peut peu à peu nous couper de notre élan vital.

En médecine chinoise, la peur est reliée à la loge Rein-Vessie, associée à l’élément Eau.

Cette eau représente autant notre capacité à nous sentir en sécurité qu'à la force de notre énergie ancestrale.

Lorsque le feu de nos inquiétudes devient permanent, lorsque notre mental brûle sans jamais pouvoir se déposer, cette eau semble parfois s’évaporer.

Nous nous sentons fatigués.

Vidés.

Desséchés intérieurement.

La médecine chinoise nous rappelle alors quelque chose de précieux.

Nous pouvons nourrir cette eau.

En retrouvant la joie profonde.

En revenant au corps.

En respirant. En marchant. En mangeant. En dormant.

En laissant nos muscles se relâcher.

En prenant soin de notre digestion.

En nous reconnectant à la nature.

En acceptant aussi d’être soutenus par d’autres êtres humains.

Les archétypes qui nous aident à rester debout

Lorsque je regarde notre époque à travers les archétypes, j’ai parfois l’impression que deux grandes forces occupent toute la scène.

Mars / Arès, avec son énergie de combat.

Pluton / Hadès, avec sa puissance de destruction et de transformation.

Ces forces existent.

Les nier serait une erreur.

Mais elles ne sont pas les seules.

Je choisis aussi de me tourner vers Vénus / Aphrodite.

Celle qui nous rappelle de regarder un coucher de soleil.

De sentir l’odeur d’une fleur.

De savourer un repas.

De serrer quelqu’un dans nos bras.

Je choisis Pallestre / Athéna.

Pour poser des limites saines.

Pour rester lucides sans devenir prisonniers de la peur.

Pour continuer à construire plutôt qu’à seulement réagir.

Et je choisis Neptune / Poséidon.

Celui qui nous rappelle le mouvement.

Les marées.

La respiration dans l'écume des vagues.

Parce que tout ce qui vit continue de circuler.

Nous sommes faits pour nous réguler ensemble

Depuis plusieurs années, j’enseigne combien notre corps fonctionne grâce à des réseaux.

Les cellules dialoguent entre elles.

Les hormones communiquent.

Le système nerveux écoute en permanence ce qui se passe autour de lui.

Aucune cellule ne vit seule.

Pourquoi en serait-il autrement pour les êtres humains ?

Je crois profondément que nous sommes aussi des réseaux vivants.

Chaque regard bienveillant.

Chaque conversation sincère.

Chaque repas partagé.

Chaque main tendue.

Chaque geste de soin.

Chaque transmission.

Tout cela participe à cette immense inter-régulation qui nous permet de continuer à avancer.

Le monde a besoin de grandes décisions.

Mais il a aussi besoin de milliers de gestes minuscules qui rappellent chaque jour à notre système nerveux que le vivant est encore là.

Je ne peux pas arrêter les guerres.

Je ne peux pas éteindre les incendies.

Je ne peux pas empêcher toutes les souffrances.

Mais je peux choisir de cultiver le vivant là où je me trouve.

Et je crois que nous pouvons le faire ensemble.

Si tu lis ces lignes aujourd’hui, j’aimerais simplement te rappeler une chose.

Tu n’es pas seul(e).

Prends soin de toi.

Prends soin de celles et ceux qui t’entourent.

Peut-être que la résilience ne consiste pas seulement à survivre au monde tel qu’il est, mais à continuer, chaque jour, à agrandir la place du vivant en nous et autour de nous.

Et lorsque tout semble vaciller, cherche un endroit où le vivant continue de respirer.

Il est peut-être plus proche que tu ne le crois.

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