• Jan 19, 2026

L’eau intracellulaire : fluide, gel et énergie

  • Morgane De Leye

De la mitochondrie au cytoplasme : ce que la science en dit actuellement

Introduction — Quand un mot interroge

Lors d’une conférence récente à laquelle j'ai participé sur la cellule, un terme a retenu mon attention : l’eau morphogénique.
Un mot beau, évocateur, presque poétique… mais aussi suffisamment flou pour éveiller mon esprit en quête de sens.

Lorsque l’on travaille avec le vivant les mots que l’on emploie ne sont jamais neutres. Ils façonnent notre compréhension, nos représentations, et parfois même nos pratiques.

Cet article n’a pas pour vocation de juger ni de discréditer. Il vise à clarifier.
À revenir à ce que la science observe, mesure et modélise actuellement concernant l’eau intracellulaire, le cytoplasme et la mitochondrie, et à comprendre ce que recouvre — ou non — le terme “eau morphogénique”.

1. La cellule n’est pas un sac d’eau

Pendant longtemps, la cellule a été décrite comme un simple compartiment rempli d’eau, dans lequel baignaient des protéines et des organites.
Cette vision est aujourd’hui dépassée.

L’eau intracellulaire n’est ni homogène, ni passive.

On distingue notamment :

  • L’eau libre, mobile,

  • L’eau interfaciale (ou hydration water), directement liée aux membranes, protéines et structures cellulaires.

Cette eau interfaciale possède :

  • Une dynamique différente de l’eau libre,

  • Des temps de relaxation modifiés,

  • Une interaction directe avec la conformation et l’activité des protéines.

Des techniques comme la résonance magnétique nucléaire (RMN) ou la diffusion neutronique ont permis de mesurer ces différences in vivo, montrant que l’eau intracellulaire est contrainte, organisée localement et fonctionnelle.

Autrement dit :
L’eau participe activement au fonctionnement cellulaire.

2. Le cytoplasme : un gel actif hydraté

Un matériau vivant, pas un liquide

Le cytoplasme n’est pas un simple liquide.
Il se comporte comme un matériau poroélastique : un réseau solide (cytosquelette, organites, macromolécules) imbibé d’une phase fluide (eau + solutés).

Dans ce modèle :

L’eau circule, mais elle est aussi retenue, canalisée, redistribuée selon les contraintes mécaniques.

Cette organisation permet :

  • La transmission des forces,

  • Le maintien de la forme cellulaire,

  • L'adaptation rapide aux contraintes de l’environnement.

L’eau intracellulaire ne constitue pas un simple milieu passif.
Elle interagit avec les protéines (eau interfaciale), le cytoplasme (gel actif poroélastique) et la mitochondrie (volume matriciel, énergie).
C’est ce continuum eau–structure–énergie qui permet à la cellule de s’adapter, de maintenir sa forme et sa fonction.

3. Transitions gel ↔ sol : l’adaptabilité du vivant

Le cytoplasme peut passer :

  • d’un état plus gel, structuré, protecteur,

  • à un état plus sol, fluide, permissif.

Ces transitions dépendent notamment :

  • Du calcium,

  • Du pH,

  • De la disponibilité en ATP,

  • Du niveau de stress et de crowding moléculaire.

En situation de stress (hypoxie, acidose, inflammation), le cytoplasme peut devenir plus rigide, voire présenter des propriétés dites glassy.
À l’inverse, l’activité métabolique tend à fluidifier le cytoplasme.

La forme et la fonction cellulaire dépendent donc directement de l’état hydromécanique du cytoplasme.

4. La mitochondrie : eau, volume et énergie

Une matrice hautement hydratée et dynamique

La mitochondrie est souvent réduite à son rôle de “centrale énergétique”.
En réalité, c’est un espace hautement dynamique, où l’eau joue un rôle central.

La matrice mitochondriale :

  • est fortement hydratée,

  • voit son volume varier en fonction des flux ioniques (H⁺, K⁺, Ca²⁺),

  • est sensible aux phénomènes osmotiques.

Certaines études suggèrent que :

  • la membrane mitochondriale interne est hautement perméable à l’eau,

  • et que l’eau métabolique produite lors de la respiration pourrait contribuer à la régulation du volume matriciel.

5. Quand l’eau conditionne l’énergie

L’état d’hydratation de la matrice influence :

  • la viscosité,

  • le crowding mitochondrial,

  • la diffusion des substrats et enzymes,

  • l’efficacité de la chaîne respiratoire.

Sous stress oxydatif ou métabolique, la matrice devient plus dense, plus visqueuse, ce qui altère la production énergétique.

La mitochondrie n’est donc pas qu’un producteur d’ATP :
elle est un nœud de régulation eau–énergie–structure.

6. Alors, qu’est-ce que “l'eau morphogénique” ?

Un terme non scientifique, mais une intuition réelle

Le terme “eau morphogénique” n’existe pas en tant que tel dans la littérature scientifique.
Il s’agit d’un mot-pont, souvent utilisé en conférence pour désigner une réalité complexe :

une eau qui participe à l’organisation, à la forme et à la fonction du vivant.

Cette intuition n’est pas fausse.
Mais le mot peut devenir trompeur s’il laisse entendre l’existence d’une eau dotée, à elle seule, d’une intention ou d’une information autonome.

Pourquoi cette information est essentielle pour les thérapeutes

Pour les praticiens du soin et de l’accompagnement, cette clarté est fondamentale.

Elle permet :

  • une compréhension fine du stress cellulaire,

  • une lecture plus juste de la fatigue mitochondriale,

  • une approche nuancée de l’inflammation chronique,

  • une intégration cohérente des pratiques corporelles, respiratoires, nutritionnelles et somatiques.

Travailler avec le vivant demande à la fois :

  • ouverture,

  • et discernement.

C’est dans cet équilibre que naît une pratique juste, incarnée et respectueuse du réel biologique.

Conclusion — Honorer la complexité du vivant

L’eau dans la cellule est un état complexe extraordinaire.

Elle est :

  • structurée,

  • contrainte,

  • dynamique,

  • intimement liée à la forme, à l’énergie et à l’adaptation du vivant.

Comprendre cela, c’est honorer la cellule comme un système d’une intelligence remarquable, que la science continue — humblement — d’explorer.

📚 Bibliographie

Eau intracellulaire & eau interfaciale

Jasnin, M., Stadler, A. M., Tehei, M., & Zaccai, G. (2010).
Specific cellular water dynamics observed in vivo by neutron scattering and NMR.
Physical Chemistry Chemical Physics, 12(36), 10154–10160.
https://doi.org/10.1039/C0CP01048K

Jasnin, M., Moulin, M., Haertlein, M., Zaccai, G., & Tehei, M. (2008).
Down to atomic-scale intracellular water dynamics.
EMBO Reports, 9(6), 543–547.
https://doi.org/10.1038/embor.2008.64

Laage, D., Elsaesser, T., & Hynes, J. T. (2017).
Water dynamics in the hydration shells of biomolecules.
Chemical Reviews, 117(16), 10694–10725.
https://doi.org/10.1021/acs.chemrev.6b00765

Qvist, J., Persson, E., Mattea, C., & Halle, B. (2009).
Time scales of water dynamics at biological interfaces: peptides, proteins and cells.
Faraday Discussions, 141, 131–144.
https://doi.org/10.1039/B806194G


Cytoplasme : gel actif, poroélasticité, transitions mécaniques

Moeendarbary, E., Valon, L., Fritzsche, M., Harris, A. R., Moulding, D. A., Thrasher, A. J., … Charras, G. T. (2013).
The cytoplasm of living cells behaves as a poroelastic material.
Nature Materials, 12(3), 253–261.
https://doi.org/10.1038/nmat3517

Parry, B. R., Surovtsev, I. V., Cabeen, M. T., O’Hern, C. S., Dufresne, E. R., & Jacobs-Wagner, C. (2014).
The bacterial cytoplasm has glass-like properties and is fluidized by metabolic activity.
Cell, 156(1–2), 183–194.
https://doi.org/10.1016/j.cell.2013.11.028

Munder, M. C., Midtvedt, D., Franzmann, T., Nüske, E., Otto, O., Herbig, M., … Alberti, S. (2016).
A pH-driven transition of the cytoplasm from a fluid- to a solid-like state promotes entry into dormancy.
eLife, 5, e09347.
https://doi.org/10.7554/eLife.09347

Umeda, K., Shimamoto, Y., & Kimura, A. (2023).
Activity-dependent glassy cell mechanics: Nonthermal fluctuations under metabolic activity.
Biophysical Journal, 122(3), 521–533.
https://doi.org/10.1016/j.bpj.2022.12.028

Yin, H. L., & Stossel, T. P. (1979).
Control of cytoplasmic actin gel–sol transformation by gelsolin, a calcium-dependent regulatory protein.
Nature, 281(5732), 583–586.
https://doi.org/10.1038/281583a0


Mitochondrie : eau, volume matriciel, crowding, bioénergétique

Kaasik, A., & Safiulina, D. (2007).
Regulation of mitochondrial matrix volume.
American Journal of Physiology – Cell Physiology, 292(5), C157–C163.
https://doi.org/10.1152/ajpcell.00272.2006

Casteilla, L., Rigoulet, M., & Pénicaud, L. (2011).
Control of mitochondrial volume by mitochondrial metabolic water.
Mitochondrion, 11(6), 862–866.
https://doi.org/10.1016/j.mito.2011.06.008

Dieteren, C. E. J., Gielen, S. C. A. M., Nijtmans, L. G. J., Smeitink, J. A. M., & Swarts, H. G. P. (2011).
Solute diffusion is hindered in the mitochondrial matrix.
Proceedings of the National Academy of Sciences, 108(21), 8657–8662.
https://doi.org/10.1073/pnas.1017581108

Bulthuis, E. P., Adjobo-Hermans, M. J. W., Willems, P. H. G. M., & Koopman, W. J. H. (2023).
Stress-dependent macromolecular crowding in the mitochondrial matrix.
The EMBO Journal, 42(3), e110853.
https://doi.org/10.15252/embj.202110853

Austin, S., et al. (2021).
Mitochondrial osmoregulation in evolution, cation transport and metabolism.
Biochimica et Biophysica Acta (BBA) – Bioenergetics, 1862(9), 148404.
https://doi.org/10.1016/j.bbabio.2021.148404


Eau structurée & débats scientifiques (cadre critique)

Elton, D. C., & Spencer, P. D. (2020).
Critical review of the evidence for exclusion zones around hydrophilic surfaces.
Journal of Physical Chemistry B, 124(10), 2129–2143.
https://doi.org/10.1021/acs.jpcb.9b10743


  • 450 € ou 3 paiements mensuels de 150 €

Programme complet d’accompagnement de la gestion traumatique et résilience

  • Fermé
  • Paquet
  • 4 Produits

Un parcours complet de trois jours pour accompagner les traumatismes physiques et émotionnels, ainsi que la résilience, avec une approche scientifique et holistique 📅 Dates : * 10 Octobre 2025 : Gestion traumatique physique * 11 Octobre 2025 : Gestion traumatique émotionnelle
 * 12 Octobre 2025 : Gestion de la résilience et la reconstruction

  • 80 €

Mentorat et coaching personnalisé – Accompagnement du thérapeute

  • Séance de coaching

Séance de mentorat d’1h via Zoom pour thérapeutes et accompagnants. Un espace d’écoute et de guidance pour explorer ensemble les dimensions physiques, émotionnelles et symboliques d’une situation clinique ou relationnelle.

Inscris toi à la Newsletter

Si tu veux recevoir les dernières info sur les cours ou sur les prochains posts