- Sep 15, 2025
Fascias, hormones et différences entre femmes et hommes : une clé souvent négligée de la santé intégrative et de la résilience
- Morgane De Leye
Introduction : le fascia, un organe vivant et sensible
Longtemps considéré comme une simple enveloppe anatomique, le fascia est aujourd’hui reconnu comme un organe neurosensoriel, endocrinien et de communication. Richement innervé et vascularisé, il relie tous les tissus et joue un rôle fondamental dans la biomécanique, la perception corporelle, le système immunitaire et la régulation émotionnelle.
Mais ce que l’on sait moins, c’est que la structure et la dynamique du fascia ne sont pas identiques chez les hommes et chez les femmes. Les différences hormonales (œstrogènes, progestérone, relaxine, testostérone, DHT) modulent directement la souplesse, la densité et la réactivité fasciale. Comprendre ces nuances ouvre un champ immense pour la médecine intégrative, la gestion des traumatismes et les pratiques thérapeutiques manuelles.
1. Des architectures fasciales sexuées : verticalité vs maillage
Certaines études explorent la différence structurelle des fascias féminins vs masculins :
Chez les femmes, les septa conjonctifs de l’hypoderme (couche superficielle) s’organiseraient verticalement, ce qui favorise la mobilité et la cyclicité des tissus, mais aussi une perméabilité plus grande (expliquant en partie la cellulite et certaines douleurs fluctuantes), sans pour autant omettre que l’induction des œstrogènes et des adipocytes amèneraient à cette structure et qu’elle ne soit pas originelle.
Chez les hommes, ces septa forment un maillage croisé (en X), plus dense et stabilisant, conférant une meilleure transmission des forces mais une élasticité moindre.
Ces différences architecturales se retrouvent également dans les fascias profonds : les hommes présentent globalement un fascia plus épais et rigide, alors que chez les femmes, il est plus souple et variable.
2. Les hormones comme chefs d’orchestre du fascia
Les hormones sexuelles modulent activement la composition et le comportement biomécanique des fascias. Des récepteurs aux hormones (notamment aux œstrogènes, à la relaxine et aux androgènes) sont exprimés par les fibroblastes fasciaux dans les différents tissus. L’œstrogène, hormone clé chez la femme, joue un rôle protecteur sur la matrice fasciale : il stimule le remodelage du tissu conjonctif en inhibant la fibrose et l’inflammation, deux facteurs qui sinon augmentent la rigidité du fascia.
En pratique, cela se traduit par une plus grande souplesse du tissu fascial en présence d’œstrogènes élevés. Par exemple, on a observé que l’élévation des œstrogènes accroît l’élasticité des structures conjonctives comme le ligament croisé antérieur (ACL) chez la femme.
De même, l’hormone relaxine (sécrétée notamment pendant la grossesse) assouplit les tissus conjonctifs pelviens en vue de l’accouchement, illustrant l’impact hormonal sur la laxité fasciale. À l’inverse, après la ménopause – période marquée par la chute des œstrogènes – l’effet antifibrosant disparaît et le fascia a tendance à devenir plus rigide. Ceci est cohérent avec la baisse d’expression des récepteurs hormonaux dans les fascias des femmes ménopausées comparées aux femmes pré-ménopausées
Bien que l’accent soit mis sur les œstrogènes, les hormones androgènes (dominantes chez l’homme) influencent également la composition du fascia. Des travaux récents ont démontré que le récepteur aux androgènes (AR) est présent dans le fascia et que la dihydrotestostérone (DHT, un dérivé actif de la testostérone) modifie la production de collagène par les fibroblastes fascials
En culture cellulaire, une dose faible de DHT (simulant un taux féminin) induit une augmentation significative du collagène de type I (fibres plus épaisses et résistantes) et une diminution du collagène de type III (fibres plus fines et élastiques) synthétisés par les fibroblastes, comparé à des témoins. À des doses plus élevées (reflétant un taux masculin), l’effet sur les collagènes est moindre, suggérant une réponse dose-dépendante. Ces effets distincts des androgènes, aux concentrations typiquement féminines vs masculines, pourraient expliquer en partie les différences de rigidité fasciale et de douleur myofasciale entre les sexes.
En somme, le contexte hormonal modifie la balance entre collagènes et autres composants matriciels (fibres élastiques, eau, glycosaminoglycanes), entraînant des fascias plus ou moins denses et souples selon le profil hormonal de l’individu.
Les fluctuations cycliques des hormones sexuelles chez la femme entraînent des modifications périodiques des propriétés mécaniques du fascia. Autour de l’ovulation, lorsque le taux d’œstrogènes atteint un pic, les fascias tendent à devenir plus laxes.
Cette souplesse accrue s’accompagne d’une baisse de l’équilibre postural (notamment lors de tests d’appui difficiles) et d’une augmentation du tremblement, ce qui peut augmenter le risque de chutes à cette période du cycle. Les auteurs soulignent que le changement d’élasticité fasciale au cours du cycle pourrait influencer la stabilité et la proprioception, appelant les professionnels de santé à en tenir compte chez les femmes mentruées.
De façon concordante, une étude par élastographie (imagerie ultrasonore de l’élasticité tissulaire) a examiné le fascia chez des femmes à deux phases du cycle, en comparant celles ayant un cycle menstruel naturel à d’autres sous contraception orale. Il en ressort que les femmes sans contraceptif (donc avec fluctuations hormonales cycliques) avaient une fascia thoraco-lombaire plus épaisse et un fascia lata (fascia de la cuisse) plus rigide que les femmes sous pilule contraceptive.
L’absence de variations hormonales (chez les utilisatrices de contraceptifs) semblait ainsi s’accompagner d’un fascia un peu moins dense/raide dans certaines régions. Bien que toutes les propriétés ne soient pas affectées (par exemple, l’élasticité du fascia plantaire ne différait pas significativement entre les groupes dans cette étude), ces résultats suggèrent clairement que le cycle hormonal influence la structure et la mécanique fasciales. Les changements hormonaux mensuels – en particulier la hausse d’œstrogènes en milieu de cycle – peuvent donc moduler localement l’épaisseur et la rigidité du fascia, même si l’ampleur de ces effets peut varier selon les régions du corps.
En résumé :
Les fibroblastes fasciaux expriment des récepteurs aux hormones sexuelles :
Œstrogènes : augmentent la souplesse, réduisent la fibrose, favorisent la régénération.
Relaxine : assouplit les tissus conjonctifs (notamment pelviens pendant la grossesse).
Progestérone : tend à rigidifier légèrement les tissus et accroître la réactivité inflammatoire.
Testostérone / DHT : stimulent le collagène I (fibres épaisses, résistantes) au détriment du collagène III (fibres plus fines, souples), rendant le fascia plus compact et puissant.
👉 Résultat :
Chez la femme, le fascia suit une rythmique cyclique (souplesse accrue à l’ovulation, densité renforcée en phase lutéale, rigidification après la ménopause).
Chez l’homme, le fascia est plus homogène, mais moins adaptable.
3. Fascia et système nerveux : l’interface du trauma
Le fascia est l’un des tissus les plus innervés du corps, en connexion directe avec le système nerveux autonome (sympathique/parasympathique).
Lors d’un choc ou d’un stress, le fascia peut entrer en état de gel (rigidité, perte de mobilité).
Chez la femme, les variations hormonales amplifient ou atténuent cette rigidité, expliquant pourquoi certaines douleurs ou instabilités apparaissent en phase ovulatoire ou prémenstruelle.
Chez l’homme, la rigidité fasciale favorise une armure corporelle, une tendance à contenir et cristalliser le trauma.
👉 Le fascia devient donc un vecteur d’inscription du trauma, où s’articulent le biologique, l’émotionnel et l’hormonal.
4. Médecine intégrative : comment agir sur cette interface ?
1. Approche féminine
Cycle menstruel : adapter le travail corporel selon les phases (mobilité douce en phase folliculaire, proprioception/renforcement à l’ovulation, drainage et auto-massage en phase lutéale).
Plantes & nutrition : ortie (minéralisation), curcuma/gingembre (anti-inflammatoires doux), isoflavones (soutien post-ménopause).
Rituels corporels : bains au sel d’Epsom, automassage myofascial doux, yin yoga.
2. Approche masculine
Relâchement progressif (techniques manuelles, automassage au rouleau, étirements longs).
Régulation et décharge des états d’activation contenus traumatiques contenus dans les fascias et le système nerveux
Plantes adaptogènes : ashwagandha, tribulus, ginseng.
Nutriments : zinc, vitamine D, collagène.
3. Approche commune
Respiration consciente (cohérence cardiaque douce, vagal toning).
Hydratation & collagène alimentaire (bouillons, algues, vitamine C).
Symbolique : travailler la trame (maillage ↔ verticalité) comme un langage corporel de stabilité vs fluidité, contenance vs cyclicité.
5. Implications des fascias pour la gestion du trauma et la résilience
En intégrant ces données, on peut :
Personnaliser l’accompagnement selon le sexe, l’âge et le contexte hormonal.
Mieux comprendre pourquoi certaines patientes présentent des douleurs fluctuantes ou une hyperlaxité traumatique.
Mieux comprendre pourquoi certaines douleurs s’avèrent chroniques malgré les pratiques manuelles thérapeutiques traditionnelles.
Offrir aux praticiens des outils neuro-hormonaux et myofasciaux pour libérer les mémoires corporelles.
Utiliser le fascia comme pont d’intégration entre système nerveux, hormones et mémoire traumatique, ouvrant à une approche profondément holistique.
Conclusion : le fascia, une matrice de transformation
Le fascia est bien plus qu’une structure mécanique : c’est une mémoire vivante, sensible aux hormones, au système nerveux et aux chocs émotionnels.
Les différences entre fascia masculin et féminin ne sont pas anecdotiques : elles révèlent des dynamiques uniques de stabilité, de souplesse et de cyclicité qui impactent directement la manière dont chacun vit, intègre et dépasse le trauma.
👉 Pour les thérapeutes, enseignants et accompagnants, intégrer cette compréhension, c’est accéder à une médecine du vivant où science, symbolique et pratique se rencontrent pour soutenir la résilience et la transformation profonde.
Références utiles :
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Littérature :
Fascia, Function and Medical Applications, David Lesondak, Angeli Maun Akey, Ed. CRC Press, 2021
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