- 22 avr.
Pourquoi j’ai choisi de relier la naturopathie et l’ostéopathie
- Morgane De Leye
Il y a des choix qui ne se prennent pas vraiment.
Ils s’imposent doucement, comme une évidence qui met du temps à se formuler, mais qui était déjà là, en filigrane, depuis le début.
Quand j’ai commencé mes études en naturopathie, j’étais animée par une quête de sens, une envie de comprendre.
Comprendre le corps, oui, mais surtout comprendre ce qui, dans le vivant, cherche en permanence à s’équilibrer. Il y avait quelque chose de profondément apaisant dans cette vision : celle d’un organisme qui ne se trompe pas, qui s’adapte, qui compense, qui cherche à survivre et, parfois même, à évoluer à travers ses déséquilibres.
A la fin de mes études, il me manquait quelque chose, quelque chose de plus dense, de plus matière, un besoin de de connexion différente.
Est donc survenue l’envie d’apprendre l’ostéopathie.
Et avec elle, une autre manière d’entrer en relation avec le corps. Plus directe. Plus tangible. Presque plus silencieuse verbalement, tout en gardant un dialogue profond et puissant sur le plan somatique et nerveux.
Le besoin d’ancrer dans le corps
Le besoin d’ancrer dans le corps. D’aller au contact du tissu. D’explorer ce langage qui ne passe ni par les mots, ni par les concepts, mais par des sensations fines, des tensions, des résistances, des élasticités.
Découvrir que le corps communique en permanence, même quand la personne ne dit rien.
Qu’un tissu peut « raconter » une histoire.
Qu’une zone peut compenser pour une autre.
Qu’une restriction n’est jamais isolée, mais toujours inscrite dans un ensemble plus vaste.
Et très vite dans mon cursus en ostéopathie est apparue cette fameuse phrase, qu’on répétait en rigolant :
« Si tu as mal au gros orteil, c’est que tu as un problème de foie. »
Une private joke très "ostéo" que je répète encore durant mes cours.
Mais derrière l’humour, une réalité clinique : celle d’un corps profondément interconnecté, où une douleur locale peut être l’expression d’un déséquilibre systémique. Où les chaînes fasciales, les réseaux vasculaires, nerveux et même embryologiques relient des zones que l’on aurait, à première vue, considérées comme indépendantes.
Et là encore, quelque chose faisait écho.
Une même manière de penser le vivant
Chez Andrew Taylor Still, il y a cette idée que le corps est une unité. Que la structure et la fonction s’influencent mutuellement. Que la circulation est un pilier fondamental de la santé.
Cette vision, je la connaissais déjà.
En naturopathie, elle prend d’autres mots : holisme, vitalisme, causalisme, humorisme. Mais le fond reste le même. On ne traite pas un symptôme isolé. On cherche à comprendre un terrain, une dynamique, une adaptation.
Le causalisme, notamment, m’a toujours profondément marquée.
Dans les deux disciplines, il s’agit de remonter le fil. Non pas pour complexifier à tout prix, mais pour redonner de la cohérence. Une fatigue, une douleur, un trouble digestif ne sont pas des erreurs du corps. Ce sont des réponses.
Et souvent, des réponses intelligentes… mais devenues coûteuses.
Les liquides, les échanges, la vie
Un autre point de rencontre m’a frappée avec le temps : la place centrale des liquides.
Still parlait de « loi de l’artère absolue », insistant sur l’importance d’une circulation libre pour maintenir la santé des tissus. Aujourd’hui, on pourrait le relire à la lumière des connaissances modernes sur la microcirculation, le drainage lymphatique, les échanges interstitiels ou encore les gradients de pression qui permettent aux nutriments, aux hormones et aux médiateurs neuro-immunitaires de circuler.
En naturopathie, cette même réalité s’exprime à travers l’humorisme.
L’équilibre des « humeurs » — sang, lymphe, liquides extracellulaires — n’est rien d’autre qu’une manière ancienne de parler d’homéostasie. De cette capacité du corps à maintenir un équilibre dynamique malgré les variations internes et externes.
Quand les échanges sont fluides, le tissu respire.
Quand ils ralentissent, le système sature.
Et lorsque cette saturation dépasse les capacités d’adaptation, les symptômes apparaissent.
Aujourd’hui, les recherches en physiologie et en neurosciences confirment largement ces intuitions : inflammation chronique de bas grade, altération des échanges cellulaires, perturbation du système nerveux autonome… autant de mécanismes qui relient terrain, structure et fonction.
Deux approches, deux portes d’entrée
Là où les choses deviennent intéressantes, c’est dans la manière d’intervenir.
L’ostéopathie est une approche profondément somatique. Elle passe par le toucher, par une écoute fine des tissus, par une interaction directe avec la matière vivante. Elle permet parfois d’accéder à des zones que le patient lui-même ne perçoit pas consciemment.
Il y a quelque chose de très immédiat dans cette rencontre.
La naturopathie, elle, s’inscrit davantage dans le temps. Elle passe par la compréhension, la pédagogie, l’accompagnement du patient dans ses choix de vie. Elle mobilise des outils concrets — alimentation, phytothérapie, micronutrition — pour soutenir les fonctions physiologiques.
Elle redonne aussi une place active à la personne.
Et c’est essentiel.
Parce qu’au-delà des outils, il y a une réalité que l’on ne peut pas contourner : la santé se construit au quotidien.
Une complémentarité au service du soin
Avec le recul, je n’ai jamais vraiment eu à choisir entre les deux.
L’ostéopathie me permet de sentir.
La naturopathie me permet de comprendre et d’accompagner dans la durée.
L’une agit dans l’instant, dans le corps.
L’autre s’inscrit dans le temps, dans le terrain.
Et surtout, ces deux approches ne s’opposent pas à la médecine allopathique. Elles viennent en complément.
Les approches intégratives actuelles vont d’ailleurs dans ce sens : croiser le travail manuel, l’hygiène de vie et le suivi médical permet souvent une prise en charge plus globale, notamment dans les troubles chroniques où plusieurs systèmes sont impliqués.
Il ne s’agit pas de remplacer.
Il s’agit d’élargir.
Réconcilier ce que l’on touche et ce que l’on comprend
Ce choix d’allier naturopathie et ostéopathie n’est pas un empilement de compétences.
C’est une recherche de cohérence.
Celle de pouvoir écouter un corps avec les mains… et avec la compréhension.
De ne pas avoir à choisir entre le ressenti et l’analyse.
Entre le geste et le sens.
Parce que le corps, lui, ne choisit pas.
Il est tout à la fois.
Et dans la pratique, cela prend une forme très concrète.
Il m’arrive d’avoir en face de moi des patients avec des tableaux complexes. Beaucoup d’informations, parfois contradictoires. Des symptômes qui semblent partir dans plusieurs directions à la fois. Dans ces moments-là, je pourrais me perdre dans l’analyse.
Alors je reviens au corps.
Je me fie au toucher des viscères, des muscles, au mouvement respiratoire primaire, à la prise de pouls chinois. À ce que le tissu exprime, sans chercher à le faire rentrer immédiatement dans une grille de lecture.
Et souvent, quelque chose se précise.
Une tension particulière. Une zone qui ne « répond » pas comme les autres. Une qualité de tissu différente. Parfois même, une forme d’émotion qui semble affleurer à travers le corps.
Ce sont des moments très délicats.
Il ne s’agit pas d’interpréter à la place de la personne, ni de projeter quoi que ce soit. Mais simplement d’ouvrir un espace. Poser une question, doucement. Vérifier si cela résonne… ou pas du tout.
Et surtout laisser la possibilité.
La possibilité que quelque chose se dépose.
Que le corps et la parole se rejoignent, si c’est juste pour la personne.
C’est là, peut-être, que les deux approches se rencontrent le plus profondément.
Dans cette capacité à naviguer entre le tangible et le subtil, entre la matière et le vécu, sans forcer ni réduire.
Dans un cadre éthique, complémentaire, pour toujours amener plus de conscience, plus de vivant.
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