• 4 mai

Les erreurs qui empêchent l’efficience du thérapeute

  • Morgane De Leye

Dans l’article précédent, 

Je t’ai parlé d’efficience versus l’efficacité. 

Si tu es thérapeute, il y a de fortes chances que tu en fasses déjà beaucoup.

Tu te formes.
Tu cherches à comprendre plus finement.
Tu ajustes, tu testes, tu remets en question ta pratique.

Et malgré tout ça…
il peut y avoir ce doute.

Est-ce que j’en fais assez ?
Est-ce que je fais bien ?
Est-ce que je passe à côté de quelque chose ?

Alors, souvent, tu en rajoutes.
Une technique.
Une approche.
Une correction en plus, “au cas où”.

Et tu le fais avec toute ta conviction, par exigence pour ton métier, envers toi-même.
Par conscience professionnelle.
Par envie sincère d’aider au mieux.

Je le vois très souvent en formation.

Un étudiant me décrit une séance.
Il a observé, il a choisi un axe, il a travaillé avec attention.

Et puis il me regarde, presque hésitant :

“Oui mais… je n’ai pas fait assez.”

Ou encore :

“Ce n’est pas comme toi.”

Et à cet endroit-là, il y a quelque chose d’important à remettre en perspective.

Ce n’est pas parce que tu n’as pas tout fait…
que ce que tu as fait n’est pas juste.

Un soin pertinent ne dépend pas du nombre de techniques utilisées,
ni des années d’expérience accumulées.

Il dépend de la capacité du thérapeute à écouter.
À percevoir.
À s’ajuster à ce que le corps est prêt à recevoir, ici et maintenant.

Si le patient est là,
si le thérapeute est présent,
et s’il y a une véritable écoute du corps…
alors quelque chose de pertinent peut déjà émerger.

Et pourtant, à force de vouloir bien faire…
il arrive que l’on en fasse trop.

Trop pour le corps du patient.
Trop pour son système nerveux.
Trop aussi, parfois, pour soi-même.

Avec le temps, j’ai réalisé que certaines de ces habitudes — très répandues chez les thérapeutes impliqués — pouvaient, sans le vouloir, diminuer la qualité du soin.

Non pas parce qu’elles sont “mauvaises”.
Mais parce qu’elles viennent perturber quelque chose de plus subtil :
la justesse.

Dans cet article, je te propose de mettre en lumière ces erreurs fréquentes.
Non pas pour les corriger brutalement,
mais pour les voir avec plus de clarté… ou se le rappeler...
et, peut-être, retrouver une pratique plus apaisée, plus précise, plus efficiente.

Vouloir tout traiter

C’est souvent là que tout commence.

Cette envie sincère de bien faire.
De ne rien laisser de côté.
De répondre à toutes les problématiques du patient.

Alors on agit.
On enchaîne.
On corrige plusieurs axes en une seule séance.

Mais le corps, lui, ne fonctionne pas ainsi.

Il priorise.
Il s’adapte par étapes.
Il intègre progressivement.

Vouloir tout traiter, c’est parfois court-circuiter cette intelligence.

Et paradoxalement, c’est souvent ce qui rend le soin moins efficient.

Compenser le manque de perception par la technique

Lorsqu’on ne perçoit pas suffisamment… on fait.

On applique.
On multiplie les outils.
On enchaîne les protocoles.

Ce n’est pas un défaut de motivation.
C’est un réflexe.

Mais avec le temps, cela crée une dépendance :
plus de techniques… pour compenser un manque de lecture.

Or, la précision ne vient pas de ce que l’on fait.
Elle vient de ce que l’on perçoit.

Moins la perception est fine, plus l’intervention devient large.
Plus elle est fine, plus le geste devient minimal… et pertinent.

 Ignorer son propre état interne

C’est une erreur plus subtile.

Le thérapeute pense souvent à réguler son patient…
mais oublie de se réguler lui-même.

Un système nerveux tendu, pressé, ou fatigué influence directement le soin :

  • gestes plus rapides 

  • difficulté à écouter 

  • tendance à sur-intervenir 

  • perte de finesse dans la perception 

Le corps du thérapeute n’est pas en dehors de la séance.
Il en fait partie.

Et parfois, ce n’est pas la technique qui manque.
C’est l’espace intérieur.

Ne pas prioriser

Tout semble important.
Tout appelle l’attention.

Alors on tente de tout adresser.

Mais sans hiérarchie, il n’y a pas de direction.
Et sans direction, le corps ne sait pas où aller.

Prioriser, ce n’est pas négliger.
C’est organiser.

C’est reconnaître qu’à un instant donné,
certaines choses ont plus de sens que d’autres.

Et que l’efficience passe souvent par ce choix.

Vouloir des résultats immédiats

Il y a, dans le soin, une pression silencieuse.

Celle de vouloir que ça fonctionne rapidement.
Que la douleur diminue.
Que le patient ressente un changement.

Cette attente peut sembler légitime.

Mais elle peut aussi amener à intervenir trop, trop vite, trop fort.

Or, transformation ne signifie pas vitesse.

Un corps peut changer profondément…
sans que cela soit immédiat.

Confondre rapidité et efficacité est une chose.
Mais confondre rapidité et efficience peut devenir un obstacle réel.

Surcharger le patient

Parfois, ce n’est pas le geste qui est en trop.
C’est tout le reste.

Trop d’informations.
Trop d’explications.
Trop de sensations en une seule séance.

Le patient repart avec beaucoup…
mais sans réelle intégration.

Or, intégrer demande de l’espace.
Du temps.
De la clarté.

Parfois il faudra répéter physiquement, verbalement, accompagner émotionnellement et nerveusement.

Un système saturé n’intègre pas.

Et sans intégration, il n’y a pas de transformation durable.

Sortir de ces erreurs

Il ne s’agit pas de devenir parfait, ni de se culpabiliser !

Mais de devenir conscient.

Ralentir.
Observer.
Choisir.

Revenir à une forme de simplicité — non pas simpliste,
mais structurée, intentionnelle.

Revenir à la perception.
À la régulation.
À la clarté.

Et accepter que l’efficience ne se force pas.

Elle se cultive.

Conclusion – Un chemin, pas une performance

Avec le temps, j’ai compris que ces erreurs ne sont pas des échecs.

Elles font partie du chemin.

Elles sont même, souvent, nécessaires pour affiner sa pratique.

L’efficience n’est pas une technique que l’on applique.
Ni un objectif que l’on atteint.

C’est une qualité qui se développe,
au fil de l’expérience, de l’observation,
et de la relation au vivant.

Peut-être qu’au fond, devenir un thérapeute efficient,
ce n’est pas apprendre à en faire plus.

C’est apprendre à voir plus clairement.

Et à faire, ensuite, en conséquence.

La transformation ne vient pas de tout ce que tu fais au corps.
Elle vient de ce que le corps peut réellement intégrer.

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