• 13 avr.

Dopamine, noradrénaline : quand l’élan ne suffit plus

  • Morgane De Leye

Pourquoi vous avez de la motivation… mais pas toujours la capacité d’agir

Ce moment étrange où tout semble possible… sauf passer à l’action

Tu connais peut-être cet espace.

Les idées sont là.
L’envie aussi.
Quelque chose s’ouvre, se clarifie.

Tu te dis :
“Cette fois, j’y vais.”

Et pourtant…

Tu commences.
Puis tu ralentis.
Puis tu t’arrêtes.

Et quelque chose revient, souvent silencieux mais tenace :
la sensation de ne pas être constant.
De manquer de discipline.
De “ne pas aller au bout”.

Mais si ce n’était pas une question de volonté ?


Dopamine et noradrénaline : une dynamique, pas un bouton

On parle beaucoup de dopamine comme de “l’hormone de la motivation”.

C’est une simplification.

La dopamine participe surtout à l’anticipation, à la projection, à l’élan vers une action.
Elle encode la valeur d’un objectif, la possibilité d’un mouvement.

La noradrénaline, elle, joue un rôle complémentaire :

  • Vigilance 

  • Attention soutenue 

  • Capacité à maintenir une direction 

Autrement dit :

La dopamine initie le mouvement.
La noradrénaline "soutient" 'orthosympathique dans son focus.

Le déséquilibre invisible : vouloir sans pouvoir soutenir

Un système neuro-hormonal fatigué peut encore produire de la dopamine.

Il peut avoir des idées, ressentir de l’élan, et même se projeter.

Mais il n’a plus toujours la capacité de soutenir la noradrénaline. Elle sera produite dans dans la partie orthosympathique du système nerveux autonome, afin d'être disponible à activer et enclencher, non en état de figement.

Sans cette capacité :

  • L’attention se disperse 

  • L'effort devient coûteux 

  • La continuité s’effondre 

Ce qui donne :

  • Des élans suivis de chutes 

  • Une fatigue paradoxale 

  • Une difficulté à tenir 

  • Un recours à la stimulation (café, sucre, écrans…) 

Ce que l’on appelle un manque de motivation
est souvent un manque de capacité à soutenir le mouvement.

Dopamine ≠ motivation

La dopamine ne correspond pas simplement au plaisir.

Elle encode :

  • L’importance d’un objectif 

  • L’intérêt d’un comportement 

  • La direction vers laquelle aller 

Tu peux donc vouloir profondément quelque chose sans pouvoir t’y tenir.

Le système nerveux : la pièce manquante

La vraie question n’est pas :

“Comment être plus motivé ?” ou "Comment produire plus de dopamine ?"

Mais :

Dans quel état est le système nerveux qui doit soutenir cette action ?

Un système en stress chronique active facilement mais régule difficilement. Il peut prendre la décision de contenir beaucoup trop d'énergie dans le corps, de figer ou de collapser. 

Ce qui crée :

  • De l’élan sans continuité 

  • De l’agitation sans direction 

  • De la motivation sans ancrage 

Sortir du circuit de récompense : le piège moderne

Aujourd’hui, une grande partie de nos actions ne sont plus guidées par l’élan interne…

Mais par l’attente d’une récompense.

Un résultat.
Une validation.
Un retour extérieur.

Et c’est ici que la dopamine joue un rôle clé.

Les travaux en neurosciences montrent que ce n’est pas la récompense elle-même qui active le plus la dopamine…
mais l’attente de la récompense.

Plus cette récompense est :

  • Incertaine 

  • Variable 

  • Intermittente 

plus le système est stimulé.

C’est exactement le fonctionnement des réseaux sociaux, des notifications, des systèmes de validation externe de notre société.

Quand l’action devient dépendante de la récompense

Dans ce contexte, l’action change de nature.

Elle n’est plus portée par un mouvement interne, une cohérence, une sensation juste.

Mais par une attente, une projection, une validation.

Conséquences :

  • Difficulté à agir sans retour immédiat 

  • Abandon rapide si la récompense ne vient pas 

  • Perte de sens 

  • Fatigue mentale 

Et surtout :

une incapacité à rester dans le processus.

Le parallèle avec Pavlov : quand le vivant devient conditionné

Les travaux de Ivan Pavlov ont mis en évidence un phénomène fondamental :
un organisme peut apprendre à associer un stimulus neutre à une récompense, jusqu’à réagir automatiquement.

Dans ses expériences, le chien salive non plus en réponse à la nourriture…
mais au simple son d’une cloche.

Aujourd’hui, ce mécanisme est omniprésent.

Le téléphone devient la cloche.
La notification devient la promesse.
La récompense devient incertaine… donc encore plus addictive.

Progressivement le système anticipe, le corps réagit, l’attention est captée.

Et le comportement devient conditionné.

Nous ne répondons plus à un besoin.
Nous répondons à un signal.

Comment sortir de cette boucle ?

Sortir du conditionnement ne demande pas plus de contrôle.

Cela demande de recréer un espace entre :

Le stimulus et la réponse 


  1. Revenir au corps (déconditionner par le sensoriel)

Le conditionnement est rapide, automatique, neurologique.

Le corps, lui, ramène de la lenteur et de la présence.

  • Sentir avant d’agir 

  • Respirer avant de répondre 

  • Percevoir ce qui se passe réellement 

  1. Tolérer l’absence de récompense immédiate

C’est un point clé.

S’entraîner à :

  • Agir sans retour 

  • Continuer sans validation 

  • Rester sans feedback 

Cela restaure progressivement la capacité du système à soutenir l’action.

  1. Réduire les boucles de stimulation

Moins de :

  • Notifications 

  • Scroll 

  • Récompenses rapides (autre exemple que le téléphone : nourriture industrielle, alcool, excitant, sucre, ...)

permet au système dopaminergique de se recalibrer.

  1. Redéfinir la récompense

Passer de :

“Est-ce que ça a marché ?” "Ai-je le résultat escompté ?" "Est-ce que je suis enfin heureux/se ?"

à :

“Est-ce que j’étais présent ?”


Le thérapeute dans cette dynamique

Ce fonctionnement ne concerne pas que les patients.

Le thérapeute aussi peut :

  • Chercher des résultats rapides 

  • Dépendre de la validation 

  • S’épuiser à vouloir “bien faire” 

Et là encore :

Le corps du thérapeute devient un point d’ancrage… ou un amplificateur du déséquilibre.

Conclusion

Le problème n’est pas que le manque de volonté.

Le problème, c’est que le système nerveux n’a peut-être pas encore
la capacité de soutenir les projets de petites voire de grandes envergures…

Et qu’il a parfois appris à agir
uniquement en fonction d’une récompense attendue.

Retrouver un mouvement juste,
ce n’est pas se forcer davantage.

C’est apprendre à réguler, ralentir, ressentir et agir… sans dépendre.

📚 Bibliographie & sources

  • Schultz W. (2015). Neuronal Reward and Decision Signals 

  • Montague PR et al. (1996). Predictive Hebbian learning and dopamine systems 

  • Berridge KC, Robinson TE (2016). Liking, wanting, and incentive salience 

  • Arnsten AFT (2009). Stress signalling pathways that impair prefrontal cortex structure and function 

  • Sara SJ (2009). The locus coeruleus and noradrenergic modulation of cognition 

  • Aston-Jones G, Cohen JD (2005). Adaptive gain theory of locus coeruleus-norepinephrine function 

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