- Oct 28, 2025
L’anandamide : la molécule du flow entre corps, esprit et foie
- Morgane De Leye
Introduction
On la surnomme la « molécule du bonheur », mais l’anandamide est bien plus qu’un simple messager du plaisir.
Ce neurotransmetteur lipidique tisse des liens subtils entre le système nerveux, les muscles, l’immunité et le métabolisme hépatique.
Et si la qualité de notre mouvement, notre sensation d’apaisement et même notre clarté émotionnelle dépendaient, en partie, de l’état de notre foie et de notre bile ?
Christian Brun nous répétait en boucle durant mes études de naturopathie : « Le foie, le roi. »
Force est de constater que cet organe possède des fonctions extraordinaires.
En me penchant sur le cas de l’anandamide, j’ai voulu pousser ma réflexion sur l’impact du foie sur ce neurotransmetteur lipidique — et sur cette idée que la clarté mentale pourrait dépendre, en partie, de la santé hépatique.
J’avais peut-être trouvé là une raison physiologique à cette intuition. Regardons ensemble pourquoi.
L’anandamide : neurotransmetteur de la présence et de la plasticité
L’anandamide (ou AEA, N-arachidonoylethanolamine) est un endocannabinoïde, c’est-à-dire une molécule naturellement produite par notre organisme à partir d’acides gras polyinsaturés (notamment l’acide arachidonique).
Son nom vient du sanskrit ānanda, signifiant « béatitude » : tout un programme.
Ses récepteurs
Elle agit principalement sur les récepteurs :
CB1, très présents dans le cerveau, la moelle épinière, les terminaisons nerveuses périphériques et les fibres musculaires.
CB2, plus impliqués dans la régulation immunitaire et inflammatoire.
Mais l’anandamide interagit aussi avec d’autres systèmes :
Les récepteurs TRPV1 (même famille que ceux activés par la capsaïcine du piment), impliqués dans la perception sensorielle et la modulation de la douleur.
Les récepteurs PPAR-α et PPAR-γ, qui relient directement le système endocannabinoïde au métabolisme énergétique et à l’expression génique.
Sur le système nerveux : fluidité, plasticité et apaisement
Régulation émotionnelle et cognition
Dans le cerveau, l’anandamide agit comme un modulateur de la mémoire émotionnelle et du stress.
Elle réduit l’activité de l’amygdale (centre de la peur et de la vigilance) et facilite la neuroplasticité au niveau de l’hippocampe.
➡️ Résultat : meilleure régulation du stress, diminution de la rumination, et sensation d’un ancrage calme et clair.
Elle stimule également la libération de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), favorisant la régénération neuronale et la résilience du système nerveux après un choc ou un burn-out.
C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles l’exercice physique, la méditation et le contact avec la nature procurent une sensation de légèreté mentale : ils augmentent notamment les taux d’anandamide.
Sur le système musculaire : coordination, détente et plaisir du mouvement
L’anandamide agit sur les synapses neuromusculaires, modulant la libération d’acétylcholine et facilitant la communication motrice fine.
Elle participe à la détente musculaire via les récepteurs CB1 situés dans les motoneurones de la moelle épinière.
Elle agit aussi en synergie avec les endorphines :
Elle réduit la douleur et la tension myofasciale.
Elle favorise le “runner’s high”, cet état de flow et de bien-être profond observé après l’exercice.
Elle influence la proprioception, la coordination, et le ressenti corporel global.
Sur un plan plus subtil, l’anandamide relie littéralement la conscience au mouvement.
Elle permet au corps de sentir plutôt que performer, et transforme l’action mécanique en mouvement habité.
Anandamide et homéostasie du stress
Sous stress aigu, le cortisol inhibe temporairement l’anandamide pour favoriser la réaction de survie.
Mais sous stress chronique, cette inhibition devient pathologique :
le système endocannabinoïde s’épuise, la FAAH (enzyme de dégradation de l’anandamide) devient hyperactive, et le corps perd sa capacité naturelle à “revenir à zéro”.
On observe alors un tableau typique : tensions musculaires persistantes, troubles du sommeil, anxiété, dérégulation immunitaire.
Restaurer un bon niveau d’anandamide revient à rétablir la boucle de rétro-apaisement du système nerveux.
Et si le foie participait à cet équilibre ?
Le système endocannabinoïde hépatique
Le foie n’est pas qu’un organe de filtration : il abrite un réseau dense de récepteurs CB1 et CB2, ainsi que les enzymes de synthèse et de dégradation de l’anandamide.
Des études ont montré que dans les cas de stéatose hépatique ou de syndrome métabolique, les niveaux d’anandamide augmentent dans le foie et la circulation sanguine, entraînant une activation excessive du CB1.
Cette suractivation stimule la lipogenèse (accumulation de graisses), réduit la sensibilité à l’insuline et entretient un état inflammatoire chronique.
Paradoxalement, ce qui devait être un mécanisme d’autorégulation devient un facteur d’aggravation métabolique.
La bile : un messager lipidique oublié
La bile joue un rôle insoupçonné dans la régulation de l’anandamide.
Les sels biliaires interagissent avec l’enzyme NAPE-PLD, responsable de la synthèse des N-acyl-éthanolamides (NAEs), dont l’anandamide fait partie.
Selon leur concentration, ces sels peuvent activer ou inhiber cette enzyme :
En cas d’excès biliaire (hypercholérèse ou stase biliaire), l’activité de NAPE-PLD pourrait être freinée, entraînant une baisse de production d’anandamide.
En cas de carence biliaire ou d’obstruction, la synthèse de ces médiateurs lipidiques peut également être compromise.
Les études sur la cholestase expérimentale montrent que l’anandamide ralentit la prolifération des cholangiocytes, tandis que le blocage de CB1 améliore la fonction biliaire.
➡️ Le système endocannabinoïde est donc étroitement lié au métabolisme biliaire.
Synthèse physiologique
Lecture symbolique : le foie, la fluidité émotionnelle et la joie incarnée
Le foie gouverne le mouvement interne, la circulation de l’énergie et des émotions.
Quand il est engorgé, la vie perd sa fluidité ; les tensions s’installent dans le corps et dans l’esprit.
L’anandamide, quant à elle, est la molécule du flow, de la souplesse intérieure, de la joie tranquille.
Leur lien énergétique est limpide :
Quand la bile circule, la conscience respire.
Quand le foie s’apaise, la joie retrouve son chemin.
Restaurer la boucle du flow
Quelques leviers simples soutiennent à la fois le système endocannabinoïde et la fonction hépatobiliaire :
Mouvement conscient et régulier : danse, yoga, marche, respiration.
Alimentation riche en oméga-3 et amers naturels : artichaut, pissenlit, romarin, curcuma.
Sommeil et lumière naturelle pour stabiliser les cycles hormonaux et métaboliques.
Pratiques de régulation nerveuse (cohérence cardiaque, méditation) qui favorisent la synthèse d’anandamide.
Conclusion
L’anandamide relie la biologie à la conscience.
Elle unit le cerveau, les muscles, les viscères et les émotions dans un seul mouvement : celui de la vie qui circule.
Et si le foie, temple de nos transformations, influence la disponibilité de cette molécule de béatitude, cela nous rappelle une évidence :
Prendre soin de son foie, c’est aussi entretenir la joie d’habiter son corps.
Bibliographie – Anandamide, flow et métabolisme hépatobiliaire
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