- Dec 9, 2025
Quand le soin devient un terrain de violence
- Morgane De Leye
Reconnaître, nommer et protéger les thérapeutes (et particulièrement les femmes)
On choisit ce métier parce qu’on croit au soin, à la présence, au dialogue.
On ouvre la porte du cabinet, du studio, du centre, avec l’idée d’offrir un espace sûr.
Et pourtant, beaucoup d’entre nous ont connu l’injure lâchée entre deux phrases, la menace voilée, la voix qui monte, le corps qui s’avance trop près, le message déplacé, le mail accusateur, le “je paierai pas”, le “vous êtes qu’un(e)…”, le regard qui intimide.
On nous répète souvent : « Ne le prends pas personnellement, il souffre. »
Mais souffrir n’autorise pas à agresser.
Cet article est là pour te dire trois choses très clairement :
Tu n’inventes pas. La violence envers les soignants et thérapeutes est un phénomène massif et documenté.
Ce que tu ressens dans ton corps après une agression est légitime, normal, explicable.
Tu as le droit — et la responsabilité — d’activer ta colère juste, de poser des limites claires, et de te protéger.
1. Nommer le problème : non, ce n’est pas “le métier qui veut ça”
Les chiffres sont sans appel.
Les études menées dans le secteur de la santé montrent que plus de la moitié des professionnels ont subi au moins un épisode de violence (verbale, physique, menaces) dans les 12 derniers mois, avec des taux de violences verbales approchant ou dépassant 60–70 % selon les contextes.PMC+2ScienceDirect+2
Les métiers de la santé mentale, du social, de l’accompagnement sont particulièrement exposés : agressions verbales répétées, menaces, comportements intrusifs, parfois violences physiques.PMC+2ScienceDirect+2
Les femmes sont surreprésentées parmi les victimes : une méta-analyse publiée en 2024 met en évidence une prévalence plus élevée de violences chez les professionnelles de santé femmes, toutes formes confondues.BMJ Open
Même si la majorité des données viennent des hôpitaux, le terrain libéral n’est pas épargné : cabinet isolé, pas de collègue témoin, pas de sécurité, pression financière, difficulté à refuser un patient agressif. Et très souvent : aucune procédure officielle.
Pourquoi on banalise ?
Parce qu’on nous a appris :
à comprendre,
à excuser,
à rester disponibles,
à être “professionnel·le” coûte que coûte.
On intériorise l’idée que :
“S’il crie, c’est qu’il souffre. Si elle insulte, c’est qu’elle a peur. Si je me sens mal, c’est que je ne suis pas assez solide.”
Ce narratif est dangereux.
Il protège l’agresseur, pas le thérapeute.
2. Ce que la violence fait à ton système nerveux (et pourquoi ce n’est pas dans ta tête)
Une agression verbale ou physique, même brève, est perçue par ton corps comme une intrusion.
Physiologiquement :
Ton système sympathique s’active : cœur qui s’emballe, chaleur, tension musculaire, impulsion de répondre ou de fuir ;
Si tu ne peux ni fuir, ni répondre (parce qu’il “faut rester pro”) → tu peux basculer vers le figement : sidération, sensation de flotter, “blanc”, difficulté à parler. C’est une réponse de survie, pas un échec.
Les recherches montrent que l’exposition répétée à la violence :
Augmente le risque de burnout, d’anxiété, de symptômes dépressifs et post-traumatiques ;
Nourrit la perte de sens et l’envie de quitter la profession. ResearchGate+3ScienceDirect+3BMJ Open+3
Et point crucial :
Les études indiquent que les violences verbales peuvent avoir un impact psychique comparable aux violences physiques, notamment lorsqu’elles sont récurrentes, humiliantes ou menaçantes.ResearchGate
Donc si après “juste des cris” tu trembles, tu n’arrives pas à dormir, tu revis la scène, tu anticipes :
C’est cohérent. C’est ton système nerveux qui fait son travail de protection.
3. Les multiples formes de violences envers les thérapeutes
Reconnaître, c’est déjà reprendre du pouvoir.
Violence verbale : cris, insultes, remarques humiliantes, dénigrement de la compétence.
Violence psychologique : manipulation, menaces voilées, pressions.
Violence physique : gestes brusques, invasion de l’espace, blocage de porte, lancer d’objets.
Violence à connotation sexuelle : commentaires, regards, propositions, chantage, messages inappropriés.
-
Violence symbolique & institutionnelle :
Absence de soutien quand on signale,
Collègues qui minimisent (“tu exagères”, “tu sais comment ils sont”),
Absence de protocoles de protection.
Tout cela laisse des traces.
Et quand tu es une femme dans ces métiers du soin, tu portes en plus :
Le poids du sexisme ordinaire,
La sexualisation fréquente de ton rôle (“petite”, “chérie”, “tu dois entendre des choses hein…”),
Le mythe de la thérapeute infiniment patiente, douce, disponible,
Sans compter le racisme.
4. Réhabiliter la colère : l’énergie sacrée de la limite
On a diabolisé la colère chez les soignants :
“Tu dois rester neutre.”
“Tu dois comprendre l’autre.”
“Ne te mets pas à son niveau.”
Résultat : la colère bloque, se retourne contre toi, ou explose ailleurs.
Physiologiquement pourtant, la colère est :
Une montée d’énergie,
Un signal : “ce qui se passe est injuste / dangereux / non aligné”,
Une ressource pour agir : dire non, partir, mettre une distance, alerter.
Parlons d’agression saine :
Non pas blesser l’autre.
Mais mettre en mouvement ta force vitale pour défendre ce qui est juste pour toi et ta sécurité.
Tu peux t’appuyer sur des archétypes puissants :
Kali qui tranche l’illusion et protège le vivant.
Sekhmet qui incarne la colère brûlante au service de la justice.
Artémis qui ne négocie pas l’intégrité de son territoire.
La Morrigan, gardienne des seuils et des champs de bataille symboliques.
Ces figures ne sont pas là pour nourrir la haine, mais pour te rappeler :
Ta limite est sacrée. Ta rage peut être une gardienne, pas un monstre.
5. Ressources intérieures : que faire après une agression ?
Quelques pistes concrètes à transmettre à tes collègues (et à t’offrir à toi-même) :
-
Valider la réalité
“Ce qui s’est passé est une agression.”
Sortir du : “C’est rien, j’exagère.”
-
Décharger le corps
Laisser le corps trembler si ça vient.
Marcher, secouer les bras, frapper dans un coussin.
Expirer longuement, plusieurs fois.
Prendre une douche ou se laver les mains consciemment pour marquer la fin de l’évènement.
-
Revenir dans son axe
Sentir ses appuis au sol.
Placer une main sur le cœur, l’autre sur le bas-ventre.
Dire intérieurement : “Je suis là. Je suis en sécurité maintenant. Ce qu’il/elle a fait parle de lui/d’elle, pas de ma valeur.”
-
Mettre du sens par la parole ou l’écriture
Écrire le récit factuel.
En parler à une personne de confiance, un superviseur.
Nommer les émotions, y compris la rage.
6. Ressources extérieures : on ne devrait jamais gérer ça seul·e
L’un des enjeux majeurs, c’est l’isolement.
Proposer / encourager :
Supervisions & intervisions :
espaces pour déposer ces situations, valider, réfléchir aux réponses possibles.Formations à la gestion de l’agressivité :
détection précoce, désescalade verbale, positionnement corporel, sortie sécurisée de la situation. PMC+1-
Protocoles écrits dans les cabinets et structures :
affichage d’une charte : “Aucun comportement agressif, insultant ou menaçant n’est toléré.”
droit explicite pour le thérapeute d’interrompre une séance.
consigne claire : noter, signaler, ne pas rester seul·e.
-
Soutien légal et associatif :
se renseigner auprès des ordres, syndicats, associations professionnelles ;
vérifier les clauses d’assurance ;
consulter si nécessaire un avocat ou un service d’aide aux victimes.
7. Poser un cadre clair : un acte éthique, pas une froideur
Tu peux intégrer dans ton fonctionnement :
-
Une phrase dans ton règlement / site :
“Tout comportement agressif, menaçant, sexiste ou insultant entraîne l’arrêt immédiat de la séance et/ou la fin de la prise en charge.”
-
La permission intérieure :
De dire calmement : “Je ne tolère pas ce type de propos.”
De te lever, d’ouvrir la porte, de clore la séance.
De refuser de reprogrammer un rendez-vous.
Tu ne “casses” pas l’alliance thérapeutique :
tu rappelles que l’alliance ne peut exister que dans un cadre de respect mutuel.
Conclusion : La thérapeute n’est pas un punching-ball émotionnel
Être thérapeute, soignant·e, accompagnant·e, ce n’est pas :
Encaisser sans limites,
Tout comprendre,
Tout excuser.
C’est choisir de mettre sa sensibilité, son expertise et sa présence au service du vivant — et ça exige un corps, un cœur et un espace protégés.
Ta sécurité n’est pas négociable.
Ta colère juste est une alliée.
Ta parole compte, ton témoignage compte.
“Le soin véritable ne demande jamais le sacrifice de ton intégrité. Il commence là où tu reconnais que ta vie, ta voix et ton corps ont autant de valeur que ceux que tu accompagnes.”
- 450 € ou 3 paiements mensuels de 150 €
Programme complet d’accompagnement de la gestion traumatique et résilience
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Mentorat et coaching personnalisé – Accompagnement du thérapeute
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