• 10 mars

Estime de soi, amour propre, confiance en soi, connaître sa valeur : de quoi parle-t-on vraiment ?

  • Morgane De Leye

Faire la différence permet de définir les besoins exacts et trouver les outils concrets pour l'évolution et la résilience du patient.

En consultation, nous entendons souvent :

“Je manque de confiance en moi.”
“Je n’ai pas d’estime.”
“Je ne m’aime pas.”

Et nous répondons parfois avec des outils… qui ne travaillent pas au bon endroit.

Car ces notions ne sont pas synonymes, bien que parfois reliées.
Elles ne mobilisent pas les mêmes circuits internes.
Elles ne demandent pas les mêmes leviers thérapeutiques.

Et surtout : elles ne touchent pas la même profondeur identitaire.

1. L’estime de soi : la valeur que je m’accorde en tant qu’être humain

L’estime de soi correspond à la perception globale de sa propre valeur.

Elle répond à la question :

“Est-ce que j’ai de la valeur, indépendamment de mes performances ?”

Elle se construit dans l’enfance à travers :

  • Le regard parental

  • La sécurité affective

  • La reconnaissance

  • La qualité d’attachement

Neurosciences de l’estime

Les études en neuro-imagerie montrent que l’évaluation de soi mobilise notamment :

  • Le cortex préfrontal médian (mPFC / vmPFC) ; rôle crucial dans le traitement de l'information sociale, la gestion des émotions et l'empathie (développement jusqu'à l'âge de 25 ans).

  • Le cortex cingulaire postérieur (PCC) ; rappel de souvenirs autobiographiques, rôle dans l'orientation et la navigation, traitement des signaux personnels et conscience de soi.

  • Des régions impliquées dans le traitement auto-référentiel (Default Mode Network)

Lorsque l’estime fluctue à la suite d’un feedback social négatif, on observe une activation accrue de régions impliquées dans la douleur sociale et la menace.

Autrement dit :
Chez certains patients, “je ne suis pas assez” n’est pas qu’une pensée.
C’est un signal de menace neurobiologique.

2. La confiance en soi : la croyance en sa capacité à agir

La confiance est contextuelle.

Je peux avoir confiance pour accompagner un patient…
mais pas pour parler en public.

La confiance repose sur :

  • L’expérience

  • La répétition

  • La compétence

  • La mémoire corporelle de réussite

Elle répond à la question :

“Suis-je capable ?”

Neurosciences de la confiance

La confiance (proche du concept d’auto-efficacité) s’appuie sur :

  • Les circuits de la récompense (striatum ventral)

  • Le cortex préfrontal impliqué dans la planification et la prise de décision

  • Les réseaux d’apprentissage motivationnel

Plus une expérience est vécue comme maîtrisable, plus le cerveau renforce la boucle motivationnelle.

En thérapie, la confiance ne se renforce pas par le discours.
Elle se construit par des expériences correctrices répétées.

3. L’amour propre : la capacité à se traiter avec dignité

L’amour propre n’est pas de l’ego.

C’est la capacité à :

  • Poser des limites

  • Ne pas se trahir pour être aimé

  • Sortir d’une relation qui abîme

  • Se protéger

Il répond à la question :

“Est-ce que je me traite avec respect ?”

Les recherches sur la self-compassion montrent que développer une attitude intérieure plus bienveillante modifie les réseaux liés au traitement émotionnel et à l’auto-référentiel.

Sur le plan clinique, l’amour propre est souvent lié à la capacité à sortir du mode survie relationnelle et d'évoluer dans sa maturité émotionnelle.

L'amour-propre permet des connexions stables et saines vis-à-vis du reste du monde.

4. Connaître sa valeur : une dimension identitaire profonde

Connaître sa valeur dépasse l’estime.

C’est une reconnaissance intérieure non négociable.

“Je ne suis pas interchangeable.”
“Je ne suis pas négociable.”

Cette dimension touche :

  • L’identité

  • La place dans le clan

  • La légitimité d’exister

  • Parfois la mission

Elle est souvent atteinte dans les traumas relationnels, les humiliations répétées, les attachements insécures.


Trauma : quand valeur et sécurité se confondent

Chez les personnes ayant vécu des traumas relationnels, le cerveau peut apprendre ceci :

“Si je ne suis pas parfait(e), je ne suis pas en sécurité.”

L’estime devient alors un thermostat de danger.

Trois mécanismes clés :

1. Douleur sociale = alarme cérébrale

Les études sur l’exclusion sociale montrent une activation du cingulaire antérieur dorsal et de l’insula antérieure, régions impliquées dans la détresse sociale.

Le rejet n’est pas vécu comme une simple émotion.
Il est traité comme une menace.

2. Hyperréactivité de la menace

Dans les états post-traumatiques, on observe fréquemment :

  • Une hyperactivation de l’amygdale

  • Une régulation préfrontale moins efficace

Un simple feedback peut déclencher une réponse disproportionnée.

3. Altération du récit de soi

Le trauma peut perturber le Default Mode Network, impliqué dans l’identité et la narration autobiographique.

Chez certains patients,
“Je ne sais pas qui je suis”
est une conséquence neuro-fonctionnelle d’un système qui a dû survivre.


Dans un prochain article, je partagerai comment accompagner concrètement ces dimensions… et pourquoi cela concerne aussi profondément les thérapeutes.

Références scientifiques

  • Eisenberger NI, Lieberman MD, Williams KD. (2003). Does rejection hurt? An fMRI study of social exclusion. Science.

  • Somerville LH et al. (2006). Anterior cingulate cortex and social evaluation.

  • Northoff G et al. (2006). Self-referential processing and the medial prefrontal cortex.

  • Koban L, Pourtois G. (2014). Brain systems underlying self-esteem.

  • Bandura A. (1997). Self-efficacy: The exercise of control.

  • Neff KD. (2003). Self-compassion: An alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself.

  • Lanius RA et al. (2010). The default mode network in PTSD.

  • Teicher MH & Samson JA. (2016). Childhood maltreatment and alterations in brain structure and function.

  • Orth U et al. (2023). Childhood maltreatment and self-esteem: meta-analysis.

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